Autorités de bande passante expliquées : les neuf sièges qui signent le consensus de Tor
Chaque heure, le réseau Tor réécrit en silence son annuaire. Au cœur de ce rituel se trouve le consensus, que le glossaire de Tor Metrics décrit comme un document unique compilé et voté par les autorités d'annuaire une fois par heure, afin que tous les clients disposent des mêmes informations sur les relais qui composent le réseau. Il liste les relais considérés comme actifs, attribue des indicateurs comme Guard ou Exit et fixe un poids de consensus qui détermine le trafic que chaque relais peut recevoir. Le produire est l'affaire d'un comité assez petit pour tenir autour d'une seule table.
Un comité délibérément restreint
La liste actuelle est assez courte pour être citée en entier : moria1, tor26, dizum, gabelmoo, dannenberg, maatuska, longclaw, bastet et faravahar. Ces neuf noms sont ceux que le service consensus-health de Tor suit à chaque tour de vote, en notant les autorités qui y participent. Des chercheurs ayant analysé le consensus pour la ACM Internet Measurement Conference résument l'arrangement sans détour : neuf autorités d'annuaire, « chacune exploitée par une organisation ou un individu de confiance différent ». L'appartenance se veut ennuyeuse. Les sièges changent rarement, et qui en occupe un est censé faire tourner un serveur bien sécurisé pendant des années, pas des mois. Officiellement, chaque autorité est un relais particulier qui tient la liste des relais actuellement en marche et publie périodiquement un consensus avec les autres, selon la formulation du glossaire communautaire de Tor. La conception est volontairement conservatrice. Selon la spécification du protocole d'annuaire, les autorités gardent hors ligne des clés d'identité de long terme qui certifient les clés de signature du quotidien : saisir une clé ordinaire ne permet pas de saisir le siège. La spécification rappelle aussi pourquoi le vote collectif existe : sous l'ancien annuaire de Tor, une autorité seule qui mentait « pouvait faire croire aux clients, pour un temps, une vision arbitrairement déformée » du réseau. Exiger de plusieurs autorités qu'elles s'accordent sur un même document a été la correction.Qui exploite réellement les sièges
Rien de tout cela n'est une infrastructure anonyme. moria1, l'une des autorités les plus anciennes, est exploitée par Roger Dingledine, cofondateur du Projet Tor. tor26 est tenue par Peter Palfrader, dannenberg par le Chaos Computer Club e.V. en Allemagne et gabelmoo par F3 Netze e.V., une autre association à but non lucratif allemande ; les sièges restants appartiennent à des opérateurs individuels et à de petites organisations de longue date dans le projet. OrNetStats, un projet indépendant de suivi de la diversité des relais, publie les opérateurs des autorités de bande passante avec leurs coordonnées déclarées, ce qui fait de ce coin du réseau l'un des plus faciles à auditer de l'extérieur.Du scanneur au poids de consensus
Le consensus ne fait pas que lister les relais ; il les pèse. La documentation de Tor Metrics définit le poids de consensus d'un relais comme une valeur fondée sur la bande passante que le relais déclare et sur celle que mesurent les autorités d'annuaire. La mesure est assurée par des systèmes dédiés, connus comme scanneurs de bande passante ou autorités de bande passante : ils se connectent au réseau comme de simples clients, chronomètrent de vrais transferts via chaque relais et publient les résultats dans un fichier de bande passante. Selon la spécification du fichier de bande passante, les autorités lisent ce fichier et s'en servent pour ajuster les poids qu'elles attribuent dans leurs votes. Lorsque plusieurs scanneurs ont mesuré le même relais, le poids de consensus découle de la médiane des mesures : un scanneur défaillant ou biaisé ne peut pas dicter à lui seul la part d'un relais dans le réseau.Une confiance concentrée, à dessein
Un comité de neuf ressemble à un point de défaillance unique, et le projet Tor n'a jamais prétendu le contraire. L'argument de la concentration : un petit ensemble d'opérateurs professionnels, publiquement connu, est plus facile à défendre — et plus difficile à infiltrer discrètement — qu'un grand ensemble anonyme. Le risque en est le miroir : un adversaire qui compromettrait la majorité des autorités pourrait, pendant quelques heures, donner aux clients une vision déformée du réseau, par exemple en gonflant les poids des relais qu'il contrôle. C'est aussi pourquoi les adresses des autorités sont gravées en dur dans Tor Browser, et pourquoi le projet traite leur intégrité comme quelque chose que le public peut vérifier lui-même.« Les IP des autorités d'annuaire sont codées en dur dans l'archive TBB, que les utilisateurs de Tor (les prudents) vérifient avec la signature détachée contre la clé de signature. » — le blog du Projet Tor










